Lors d’une cérémonie à l’UNESCO, Reporters sans frontières (RSF) et 46 États saluent le courage de l’Association des journalistes biélorusses (BAJ) et dénoncent la situation de la liberté de la presse au Bélarus, quatrième plus grande prison de journalistes du monde. RSF appelle les États à aller plus loin dans la protection des journalistes et à garantir le droit à l’information. 

Lauréate du prix Guillermo Cano, l’Association biélorusse des journalistes, la BAJ, a été conviée, ce vendredi 3 juin, au siège de l’UNESCO à Paris pour célébrer son action courageuse et sa contribution exceptionnelle à la défense de la liberté de la presse. Sa candidature au Prix mondial de la liberté de la presse de l’UNESCO, présentée par RSF, avait été soutenue par 46 États. 

“RSF rend hommage au courage de la BAJ face au terrorisme d’État du Bélarus pour faire taire toutes les voix indépendantes, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. La mobilisation de 46 États en sa faveur est un signal fort mais ils ne doivent pas s’arrêter là : le temps est venu de renouveler les mécanismes de protection des journalistes et de garantir le droit à l’information.

Partenaire de RSF depuis 2004, la BAJ promeut et défend la liberté de la presse depuis plus de 25 ans dans le pays qui était le plus dangereux pour les journalistes en Europe jusqu’à l’invasion russe en Ukraine. Elle a joué un rôle majeur dans la documentation des attaques et des arrestations de journalistes sans précédent qui ont eu lieu au Bélarus, depuis les élections contestées d’août 2020. Malgré sa dissolution, le 27 août 2021, au terme d’une procédure entachée d’irrégularités, la BAJ a courageusement continué à œuvrer pour un journalisme indépendant au Bélarus.

Dans le pays, la répression massive se poursuit : 28 professionnels des médias sont, à ce jour, incarcérés dans les prisons biélorusses. Et dans les prochains jours, débuteront les procès de cinq journalistes pour des charges fallacieuses, allant de l’organisation de manifestation à la haute trahison, qui pourraient leur valoir jusqu’à 15 ans de prison. 

Mais pour le président de la BAJ, Andreï Bastunets, “Ce ne sont pas simplement des noms, des chiffres ; ce sont des journalistes, ce sont aussi des amis proches. Énormément de personnes que nous connaissons se retrouvent en procès ou en prison. C’est une tragédie pour notre pays, une tragédie pour le journalisme biélorusse. Mais nous continuons notre travail, en dépit de l’idée selon laquelle tout serait détruit dans le pays. Beaucoup de nos membres travaillent encore, dans le pays ou en dehors. Nous nous sommes même élargis, avec désormais des antennes en Ukraine, en Géorgie... même s’il est vrai que beaucoup de nos collègues ont de nouveau dû tout quitter en Ukraine.” 

Dans ce contexte tragique, le soutien de 46 États à la BAJ et à son action de défense d’un journalisme indépendant est un symbole fort qui démontre l’importance de renouveler l’engagement international dans ce combat pour la liberté de la presse. 

Afin de mieux protéger les professionnels des médias, RSF a proposé au secrétaire général, António Guterres, de renforcer l’efficacité du système onusien, avec l’établissement d’un envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU pour la sécurité des journalistes. Cela afin de développer une action internationale plus forte à même de mieux répondre aux attaques contre les journalistes.

L’organisation plaide également pour un multilatéralisme réinventé, où la société civile indépendante serait davantage intégrée, afin de faire émerger des solutions innovantes et adaptées aux enjeux, de l’ère numérique notamment. Ainsi le New Deal for Journalism proposé dans le cadre du Partenariat pour l’information et la démocratie, et la Journalism Trust Initiative (JTI) impulsée par RSF, font partie des solutions novatrices permettant de promouvoir un journalisme de qualité indépendant, de réduire le  “chaos informationnel” par des garanties démocratiques et d’agir en faveur du droit à l’information.

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